Interview d’Alvin BACON, gérant et vice-président FFB

À 16 ans, Alvin BACON se destinait à la maçonnerie. Quelques années plus tard, après un détour par la musique et une expérience à Paris, il revient finalement vers le bâtiment avec l’ambition d’entreprendre, manager et défendre toute une profession. Aujourd’hui à la tête d’une entreprise de peinture générale dans l’agglomération caennaise, il partage son parcours, sa vision du bâtiment et son engagement pour l’apprentissage.
Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?
Je m’appelle Alvin BACON et je suis aujourd’hui gérant d’une entreprise de peinture générale basée à Ifs, dans l’agglomération caennaise. Nous sommes actuellement 17 salariés.
Je suis arrivé au CFA du bâtiment à 16 ans pour préparer un CAP de maçonnerie, avant de poursuivre avec un titre professionnel de carreleur. À côté de ça, j’avais aussi un groupe de musique et je suis finalement parti plusieurs années à Paris pour me consacrer à cette passion. Quand je suis revenu, je me suis rapidement rendu compte que le bâtiment me manquait. Le retour n’a pas été simple car nous étions en pleine crise du secteur, mais je savais aussi que je voulais évoluer vers un métier mêlant davantage réflexion, gestion et technique.
J’ai alors intégré un bac professionnel Technicien d’études du bâtiment dans une entreprise de peinture de la région caennaise. Même si cela n’avait rien à voir avec ma formation initiale, j’ai appris progressivement le métier sur le terrain. C’est finalement dans la peinture et l’isolation thermique par l’extérieur que j’ai trouvé ma voie. Aujourd’hui encore, c’est un domaine qui me passionne énormément.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?
Mon métier a beaucoup évolué avec le développement de l’entreprise. Aujourd’hui, je suis moins présent sur le terrain et davantage sur la gestion, le commerce et le management. Je m’occupe principalement du développement de l’entreprise. C’est-à-dire le suivi des affaires, les chiffrages, les relations clients, l'organisation des chantiers et la gestion des équipes. Une fois les dossiers signés, mon assistante prépare les chantiers et notre conducteur de travaux prend ensuite le relais pour le suivi opérationnel.
Même si le côté technique me manque parfois, j’aime aussi toute la dimension humaine du métier. Il faut savoir recruter, accompagner les équipes et surtout rester proche des clients.
Je pense d’ailleurs qu’aujourd’hui il ne suffit plus simplement de publier une annonce pour recruter. Il faut aller chercher les jeunes, travailler avec les centres de formation et s’investir dans l’apprentissage.
Quelles sont les qualités essentielles pour exercer le métier de gérant d’entrerpise ?
La première qualité, selon moi, c’est d’être un bon gestionnaire. Aujourd’hui, diriger une entreprise demande de savoir piloter ses chiffres et anticiper les difficultés. Il faut aussi être résilient. Chaque génération traverse ses propres crises et il ne faut jamais abandonner au premier obstacle. Je suis convaincu qu’il existe encore énormément de jeunes motivés et passionnés. Le relationnel est également essentiel. Nous travaillons principalement avec des particuliers, donc il faut aimer échanger, comprendre les projets des clients et s’y investir pleinement. C’est aussi ce qui me plaît aujourd’hui, le fait de rencontrer des profils très différents et créer du lien.
Vous êtes également très mobilisé pour le secteur. Pouvez-vous nous en parler ?
Oui, aujourd’hui je suis très investi dans la profession. Je suis administrateur des CFA du bâtiment en Normandie et vice-président de la Fédération Française du Bâtiment. J’interviens également dans les collèges pour présenter les métiers du secteur aux jeunes.
Ce qui me plaît, c’est de pouvoir défendre notre profession et montrer que le bâtiment est bien plus vaste qu’on ne l’imagine. Il existe énormément de métiers différents, pas seulement des postes sur chantier. Cet engagement demande beaucoup d’organisation car il faut réussir à concilier les mandats, les réunions et la gestion de l’entreprise, mais c’est quelque chose qui me passionne.
Quels sont les principaux défis de votre métier aujourd’hui ?
Le plus gros défi reste clairement l’organisation et la gestion du temps. Quand on dirige une entreprise, on veut réussir à tout faire correctement, satisfaire les clients, accompagner les équipes et répondre à toutes les demandes, mais les journées passent très vite.
J’ai aussi la sensation qu’aujourd’hui nos métiers sont plus prenants qu’avant. Entre les différentes crises, les évolutions du marché et les nouvelles attentes des salariés, il faut constamment s’adapter. Le Covid a notamment provoqué une vraie prise de conscience sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Personnellement, je préfère aujourd’hui être bien entouré dans mon entreprise et pouvoir aussi profiter de ma famille.
Mais le secteur a beaucoup progressé, notamment sur les conditions de travail qui ont changé avec davantage de prévention, des équipements plus adaptés et des matériaux beaucoup moins dangereux qu’autrefois. Dans la peinture par exemple, les produits ont énormément évolué avec des peintures biosourcées bien plus respectueuses de la santé.
La place des femmes dans le bâtiment a également beaucoup évolué. Dans mon métier de la peinture, nous avons aujourd’hui de nombreuses femmes dans les équipes et cela fait évoluer les mentalités.
Pourquoi avoir choisi Bâtiment CFA Normandie?
Pour moi, l’apprentissage reste la meilleure manière d’apprendre un métier, surtout dans le bâtiment. J’avais besoin d’être sur le terrain et de comprendre concrètement comment fonctionnait le métier. L’alternance permet de progresser rapidement, de gagner en maturité et de découvrir très tôt les réalités du monde professionnel. J’ai aussi eu la chance d’être accompagné par des formateurs très investis, souvent issus eux-mêmes du terrain. Aujourd’hui encore, je reste très attaché au CFA et à l’apprentissage. C’est l’un des gros atouts du CFA Normandie.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants ?
Je conseillerais aux jeunes de ne pas s’arrêter après un CAP lorsqu’ils aiment vraiment ce secteur. Plus on développe ses compétences, plus on pourra évoluer rapidement. Il faut aussi anticiper la suite de son parcours et continuer à apprendre tout au long de sa carrière.
Dans le bâtiment, on dit souvent qu’il faut presque dix ans pour devenir un très bon professionnel. Il faut donc être patient, persévérant et croire en soi.
Avez-vous une anecdote marquante à partager ?
Oui, récemment, j’ai vécu un moment assez fort. Cette année, plusieurs années après mon propre parcours au CFA, j’ai été invité à participer au jury de l’oral du bac professionnel.
Le plus marquant, c’est que je me suis retrouvé aux côtés de mon ancienne formatrice principale et de mon ancien formateur de maçonnerie, celui qui m’avait aidé à revenir au CFA il y a une quinzaine d’années.
Me retrouver de l’autre côté du jury, après avoir été élève dans leurs classes, était une vraie fierté et un très beau souvenir.
